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Chirurgien suspendu à Grenoble : « Mon papa est décédé dans nos bras »

Mis en cause par des patients pour des opérations inutiles, le docteur V. est accusé, pour la première fois, de décès par une famille, selon « Le Parisien ». Par LePoint.fr avec AFP

À Grenoble (Isère), le docteur V. est le chirurgien suspendu et soupçonné d’avoir réalisé des interventions chirurgicales alors que cela n’était pas toujours nécessaire. Selon une famille, l’opération aurait même tué leur père, comme elle le raconte au Parisien. Noël, 73 ans, a été opéré par le docteur V. en septembre 2017. Ancien patron d’une menuiserie, le Grenoblois avait des difficultés à se déplacer et se plaignait de douleurs dans les jambes et le dos. « Il a juste regardé l’IRM. Et sans même examiner mon mari, il a tout de suite dit : Il faut opérer. Sans proposer d’autres alternatives. Sans demander d’autres examens », confie son épouse, Mauricette, au quotidien.

L’opération est alors programmée. Mais, quelques heures avant l’intervention, un angiologue réalise divers examens, car le septuagénaire souffre de problèmes vasculaires. D’après les résultats, Noël présente « une thrombose complète des deux artères fémorales ». La famille du patient pense alors que l’opération va être repoussée. Il n’en est rien et le docteur V. maintient l’opération le 7 septembre 2017. Le chirurgien lui a posé du matériel dans sa colonne vertébrale et Noël se plaint de douleurs dans la jambe droite. Des alertes qui ne sont pas prises au sérieux par le docteur V.

« Je vais essayer de lui sauver la vie »

« Le lendemain matin, mon père souffrait horriblement. Il ne sentait plus son pied droit », explique Cécile, sa fille, citée par Le Parisien. En effet, le patient est transféré d’urgence dans une autre clinique et souffre d’un arrêt de la circulation sanguine. Rapidement, le nouveau chirurgien vasculaire explique à la famille de Noël que sa jambe ne pourra pas être sauvée. « Il aurait fallu agir dans les 6 heures suivant l’opération afin d’éviter la nécrose des tissus. La priorité n’était pas de l’opérer du dos. Ses problèmes pour se déplacer étaient d’origine vasculaire. Et sa position ventrale lors de l’opération a favorisé l’arrêt de la circulation sanguine. Mais je vais essayer de lui sauver la vie. »

Noël est donc amputé de sa jambe droite le 23 septembre, mais, victime d’une infection généralisée, son état se dégrade. « Après avoir beaucoup souffert, mon papa est décédé dans nos bras le 4 novembre 2017 », se souvient Cécile dans les colonnes du Parisien. Et de poursuivre : « Il ne nous a même pas présenté ses condoléances. Avant la mort de mon père, il n’est passé le voir que deux fois en deux mois. Sans cette opération, mon papa serait encore là. On peut donc en vouloir à ce chirurgien si peu scrupuleux vis-à-vis de la santé de ses patients. »

Lire aussi Grenoble : Un chirurgien grenoblois suspendu après des erreurs médicales répétées

Aujourd’hui, la famille de Noël estime que le docteur V. est responsable de la mort du septuagénaire et envisage de déposer une plainte. « J’ai de la haine contre ceux qui ont engagé cette opération alors que de nombreux facteurs la contre-indiquaient. Ce drame a anéanti ma vie », confie la veuve. Le praticien grenoblois a fait l’objet le 15 janvier dernier d’une suspension de trois ans, dont dix-huit mois avec sursis, par le Conseil national de l’ordre pour « absence de qualité dans les soins dispensés » et « non-transmission d’informations » au médecin-conseil du conseil de l’ordre de l’Isère. De plus, il a été condamné à rembourser 35 302 euros à la Caisse primaire d’assurance maladie pour des interventions chirurgicales qui n’étaient « pas nécessaires ». Le chirurgien a fait appel devant le Conseil d’État.

Chirurgien suspendu à Grenoble : Quatre-vingts personnes s’estiment victimes

La famille de Noël n’est pas la seule à douter des pratiques du chirurgien. Quatre-vingts patients du docteur V. se sont déjà manifestés pour dénoncer ce qui serait des accidents médicaux commis par le praticien, a indiqué jeudi à l’Agence France-Presse l’avocat qui s’occupe principalement de ces affaires. Jeudi dernier, Me Édouard Bourgin, qui s’occupe déjà de cinq plaintes de patients contre le Dr V., avait réuni une trentaine d’autres personnes pensant en être également victimes.

Ce sont « à ce jour 80 personnes qui estiment que le résultat des opérations du chirurgien en cause n’est pas conforme au résultat promis et constitue un accident médical. Elles ont donc décidé de saisir mon cabinet », a indiqué Me Bourgin. « Tous les stades de handicap se retrouvent dans cette cohorte de patients », a-t-il ajouté. Son cabinet étudie actuellement les témoignages pouvant aboutir à une plainte en bonne et due forme.

 

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