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La justice sous contrat : évolution indispensable ou renonciation étatique ?

La Réflexion sur la Justice Contractuelle en France
La justice française est actuellement confrontée à des défis majeurs, notamment en matière d’efficacité, de délais et de confiance du public. Dans ce contexte, la montée des modes amiables de règlement des différends (MARD) soulève des interrogations sur le rôle de l’État et l’égalité des justiciables. Cet article explore les implications de cette évolution vers une justice de plus en plus contractuelle.
Une Évolution Historique
Historiquement, la justice a été perçue comme une prérogative régalienne, essentielle à la souveraineté de l’État. Selon Jacques Krynen, le pouvoir de juger est fondamental pour établir l’autorité de l’État et garantir l’ordre public. Cependant, la justice moderne semble s’orienter vers une contractualisation, où les parties sont encouragées à résoudre leurs différends par elles-mêmes, souvent au détriment du rôle traditionnel du juge.
Les Mécanismes de Règlement Amiable
L’essor des MARD, tels que la médiation et la conciliation, a été motivé par la nécessité de désengorger les tribunaux. Ces méthodes sont souvent présentées comme des solutions rapides et efficaces. Cependant, cette tendance soulève des préoccupations quant à l’égalité des parties. En effet, la capacité à négocier n’est pas uniformément répartie, ce qui peut désavantager les plus vulnérables.
Les Risques de la Contractualisation
La contractualisation de la justice présente des risques systémiques. Elle peut renforcer les inégalités existantes, car les parties en position de faiblesse peuvent se sentir contraintes d’accepter des accords défavorables. De plus, cette approche peut effacer la vérité judiciaire, car les accords amiables ne nécessitent pas l’établissement des faits ou la reconnaissance des responsabilités. Cela soulève des questions sur la fonction symbolique de la justice, qui devrait, idéalement, affirmer des normes collectives.
Vers une Réflexion Critique
Il est essentiel de se demander si cette évolution vers une justice contractuelle est une avancée nécessaire ou un signe de désengagement de l’État. La contractualisation ne doit pas devenir la norme au détriment du procès, qui reste un pilier fondamental de l’État de droit. Pour garantir l’égalité et la protection des plus faibles, il est crucial de maintenir un accès effectif au juge et de préserver la fonction symbolique du jugement.
Conclusion
La contractualisation de la justice en France représente un tournant significatif dans la manière dont les conflits sont résolus. Bien qu’elle puisse offrir des solutions adaptées dans certains cas, elle ne doit pas remplacer le rôle central du juge. La justice doit continuer à être perçue comme un bien public, garantissant l’égalité et la protection des droits de tous les justiciables. Pour une réflexion approfondie sur ces enjeux, il est recommandé de consulter des institutions telles que le Conseil supérieur de la magistrature.




