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Ouïghours en Chine : le monde est-il complice d’un génocide ?

Le 24 mai 2022, un hacking des ordinateurs de la police chinoise, a permis à 14 médias internationaux d’avoir accès à des fichiers, dans lesquels ont retrouvait de nombreuses photos montrant les détenus Ouïghours en Chine ; parmi eux, des enfants. Les registres contiennent plus de 20 000 noms de Ouïghours arrêtés dans les seuls district de Konasheher et Tekes. Ce taux seraient supérieur aux détention de l’URSS, sous Staline. Les motifs d’arrestation sont arbitraire, elles reposeraient sur le fait de « se laisser pousser la barbe »; avoir une « famille à forte atmosphère religieuse » ou le fait d’avoir « porté le voile ». 

Mais qui sont les Ouïghours ? Un génocide a t-il actuellement lieu en Chine ? Que font les instances internationales ? Aujourd’hui Legalissimo vous répond. 

Qui sont les Ouïghours ?

Les Ouïghours sont un peuple autochtone de la région du Xinjiang, en Chine ; il s’agit d’un peuple musulman sunnite et turcophones. Cette minorité serait victime de répression de la part du gouvernement chinois depuis 2010.

Selon Ouest-France,  les Ouïghours représentaient dans les années 1950 la grande majorité de la population du Xinjiang (+70 %), ils ne constituent aujourd’hui que 45 % des 21 millions d’habitants de la région. Cette baisse s’explique par les vagues de migration de Hans (majorité ethnique chinoise) depuis la déclaration de la République populaire de Chine en 1949.

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Une ethnie réprimée

La Chine mène une politique d’internement à l’encontre des Ouïghours. Selon le gouvernement chinois, ces internements auraient pour but de lutter contre « le terrorisme et l’islamisme », afin de faire de ces personnes, « de bons citoyens chinois ». Selon d’autre sources, ces « camps de rééducation » serviraient en réalité de camp d’internement où les détenus seraient victime de « lavage de cerveau ». Le but du gouvernement consisterait alors en l’assimilation à une nation laïque et homogène ; cela en éliminant leur religion et traditions.

Aujourd’hui, il y aurait plus de 3 millions de Ouïghours enfermés dans ces camps.

Les récents hacking, ont permis d’accéder à de nombreuses photos de détenus ouïghours en Chine. Ces photos ont permis de mettre en lumière les victimes de ce génocide.

La répression d’une identité religieuse

Les Ouïghours ainsi que d’autres minorités musulmanes, sont victimes de persécution dues à leur religion. Toute pratique religieuse serait qualifiée « d’extrémisme », justifiant l’envoi aux camps. Tous les objets liés à la pratique de l’Islam seraient interdits ; par exemple, les tapis de prière ou le Coran. Le gouvernement aurait même démoli des mosquées et cimetières.

Depuis 2017, le port du voile en public ou de la barbe ont étés interdits. Pour les citoyens, le fait de s’abstenir de boire de l’alcool, de fumer, de manger du porc et le fait de pratiquer le ramadan ; seraient vus comme des comportements suspects.

Que se passe t-il au sein de ces camps ?

Selon Amnesty, le traitement des Ouïghours constitue « un crime contre l’humanité ». L’ONG, réclame notamment commission d’enquête des Nations unies.

Afin de contrôler ces minorités, le gouvernement chinois a mis en place, l’un des systèmes de surveillance les plus sophistiqués au monde et un vaste réseau composé de milliers de sinistres centres de « transformation par l’éducation » .

La plupart des victimes ont d’abord été interrogées dans un poste de police, où leurs données biométriques et médicales ont été enregistrées avant leur transfert dans un camp. Souvent, elles étaient interrogées dans une « chaise du tigre ». Il s’agit d’un siège métallique équipé d’entraves pour les pieds et de menottes qui permet d’immobiliser la personne dans une position douloureuse. En outre, les personnes détenues ont indiqué avoir été encagoulées et entravées pendant leur interrogatoire et leur transfert.

Ouïghours en Chine
Par Russell Christian pour Human Rights Watch

Cette chaise est utilisé comme un moyen de torture, les détenus peuvent être immobilisés dessus, pendant plus de 24 heures, voir plus. Selon Amnesty, un détenus serait mort après avoir été immobilisé sur une chaise du tigre pendant 72 heures, sous les yeux de ses compagnons de cellule, qui avaient l’interdiction formelle de l’aider. Pendant cette période, il aurait été obligé d’uriner et de déféquer sur lui.

Les traitements inhumains infligés aux Ouïghours en Chine

En plus d’un emprisonnement arbitraire, cette répression se traduirait par des travaux forcées ; une stérilisation forcée ; des actes de tortures psychologiques et physiques ; ainsi que des abus sexuels. A ces horreurs s’ajouterait également un trafic d’organes dénommé « halal organes », soit « organes licite ».

Au sein de ces camps, les personnes n’ont plus de liberté ni de vie privée. A la moindre désobéissance, les victimes se verraient infliger de sévères châtiments, qui sont parfois collectifs. Les ouighours n’auraient le droit de manifester aucun élément lié à leur identité ; par exemple, ils ne peuvent s’exprimer qu’en mandarin.

La torture

Le recours à la torture est systématique, ces actes ont pour but de déshumaniser les victimes. Ces tortures se traduisent selon les témoignages par des coups, des décharges électriques, de l’isolement, une privation de nourriture, d’eau et de sommeil. Des outils de tortures seraient également utilisés.

Le trafic d’organes

En plus, d’un recours systématique à la torture, le gouvernement chinois utiliserait les minorités musulmanes afin de prélever leurs organes et les revendre; sur des victimes mortes ou vivantes. Ces organes sont qualifiés de « halal organs », les « organes halal ». Au sein de ces camps, les minorités sont également tuées pour ce trafic.

Le gouvernement chinois utilise cette appellation afin d’en faire la promotion auprès de riches personnes qui seraient de confession musulmane. Les principaux pays impliqués dans ce trafic seraient l’Arabie Saoudite, les pays du Golf, d’Amérique du nord et même de l’Europe. Une enquête du média Vice, révèle que l’organe d’un prisonnier de 30 ans en parfaite santé, peuvent valoir jusqu’à 500 000 dollars.

Depuis 2016, le gouvernement chinois a lancé une vaste campagne de bilan médical dans la région autonome du Xinjiang. Des tests uniquement obligatoires pour ses habitants Ouïghours âgés de 12 à 65 ans. Dans la batterie de tests proposés, du sang est prélevé mais aussi des examens échographiques sont parfois réalisés. Ces derniers permettent de visualiser la taille, la forme et la structure interne d’un organe. Des bilans médicaux douteux que la Chine n’a jamais cherché à justifier.

Pour beaucoup, cela ne fait aucun doute, ces tests permettent de récolter une base de données de futurs donneurs.
Selon Vice, l’attente d’organes en Chine se compte en jours ou en semaine alors que dans beaucoup de pays cette attente est de 3 à 6 ans pour obtenir une greffe. Certaines personnes apprennent même à l’avance la date exacte de la transplantation. En d’autres termes, les hôpitaux connaissent à l’avance les dates des décès « des patients ».

Abus sexuels et stérilisation forcée

Au sein des camps d’internements, le viol serait monnaie courante. De nombreux témoignages de rescapées parle de viols collectifs ; les autres détenus étant obligés d’être spectateur de cette scène d’horreur ; si un détenus détourne le regard ou montre des signes de dégout ou de tristesse ; il est systématiquement châtié.

Toujours dans une logique de génocide, le gouvernement chinois utiliserait différente technique de stérilisation sur les femmes ; cela afin de décimer les minorités. Selon un chercheur pour France info, « c’est la preuve d’un plan systémique et prémédité, c’est la preuve qu’il y a une intention de détruire un peuple, au moins en partie, à long terme, par des mesures d’entrave aux naissances ». La preuve de ce qu’il nomme un « génocide démographique ». L’entrave aux naissances d’une population constitue en effet l’un des cinq critères de génocide tel que défini par les Nations unies.

Le travail forcé

Cela s’apparente à un « esclavagisme moderne » utilisé dans l’intérêt de l’économie chinoise. Selon La Dépêche, en mars 2020, un rapport de l’institut australien de stratégie politique, mettait en avant le fait que des milliers de Ouïghours travaillaient dans des usines qui fournissent plus de 80 grandes marques (entre 2017 et 2019).

La complicité des firmes multinationales ?

De nombreuses marques célèbres sont accusées de participer à l’exploitation des travailleurs Ouïghours. Parmi ces célèbres marques, il y a Nike, Zara, Apple, H&M et encore de nombreuses multinationales.

En 2021, des ONG et une rescapée Ouighours ont déposés plainte pour « recel de travail forcé et de crimes contre l’humanité » ; contre 4 multinationales du textile : Inditex (Zara, Bershka etc.), Uniqlo, SMCP (Sandro, Maje etc.) et Skechers.

Une « liste de la honte » a été publiée par l’eurodéputé Raphaël Glucksmann sur Instagram ; il y répertorie plus de 70 marques « accusées de bénéficier du travail forcé » de la communauté.

Ouïghours en Chine
La « liste de la honte » publiée par Raphaël Glucksmann sur Instagram (publication du 30 avril 2022).

La persécution d’autres minorités en Chine

Selon Slate, Aujourd’hui, la base de données Shahit contient plus de 11.000 témoignages ou preuves d’incarcérations, et pas seulement des Ouïghour·es. «Toutes les minorités, principalement musulmanes, de la région du Xinjiang sont concernées et représentées, précise Hanna Burdorf. On retrouve des histoires de Kazakhs enfermés dans des camps (plus de 2.400 témoignages) mais aussi de Kirghizs (plus de 180), des Huis, d’Ouzbeks, de Tadjiks et de Tatars» . Le régime chinois persécute également les tibétains et les Falung.

La négation d’un génocide contre les Ouïghours en Chine

Pendant ce temps, les autorités chinoises continuent de démentir la répression faite à l’encontre des Ouïghours, le 27 mai, sur Europe 1 ; l’ambassadeur de Chine en France niait les accusations d’oppressions menées à l’encontre de ce peuple ; en qualifiant les fichiers, récemment mis en lumière, de « mensonges« .

Selon Libération, La Chine dément ces accusations et présente les «camps» comme des «centres de formation professionnelle» destinés à éloigner les habitants de l’extrémisme religieux. Ils seraient désormais fermés car tous les «étudiants» auraient «achevé leur formation».

Génocide et crime contre l’humanité : Que dit le droit international ?

Le crime de génocide

Selon Larousse, le génocide est un crime contre l’humanité tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux ; sont qualifiés de génocide les atteintes volontaires à la vie, à l’intégrité physique ou psychique, la soumission à des conditions d’existence mettant en péril la vie du groupe, les entraves aux naissances et les transferts forcés d’enfants qui visent à un tel but.

En droit international, la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ; a permis la codification de ce crime. La Chine faisant partie des Etats l’ayant ratifié.

Selon les Nation Unies, le génocide doit regrouper deux éléments :

  • Elément psychologique : une « intention de détruire en tout ou en partie un groupe national ou ethnique, racial ou religieux comme tel ».
  • Et les cinq éléments matériels suivants :
    • Le meurtre des membres du groupe.
    • Des atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membre du groupe.
    • La soumission intentionnelle à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle.
    • Des mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe.
    • Le transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

L’ONU reconnait une « compétence universelle » des tribunaux nationaux ; permettant de juger tout acte de génocide où qu’il ait eu lieu, tout en créant une instance internationale spécialisée, la CPI.

Le crime contre l’humanité

Les crimes contre l’humanité se caractérisent par la commission de crimes de droit communs dans le cadre d’un plan à l’encontre d’un groupe de population civile, dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique. Il peut s’agir du meurtre, de l’extermination, l’esclavage, la torture, le viol ou toute forme de violence ou d’esclavage sexuel.

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En droit international, l’article 7 du Statut de Rome de la Cour pénal international, définit la notion de « crime contre l’humanité ».

Selon les Nations unies, Les crimes contre l’humanité ne doivent pas nécessairement être liés à un conflit armé et peuvent  également se produire en temps de paix, comme le crime de génocide. Ils doivent comprendre trois éléments :

  • Matériel : il doit s’agir de l’un des actes suivants : meurtre, extermination, réduction en esclavage, déportation ou transfert forcé de population, emprisonnement, torture, formes graves de violence sexuelle, persécution, disparitions forcées de personnes, crime d’apartheid ou autres actes inhumains.
  • Contextuel : l’acte doit avoir été commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile.
  • Psychologique : « en connaissance de cette attaque ». Sous l’angle contextuel, les crimes contre l’humanité impliquent soit une violence à grande échelle, soit une forme de violence méthodique (systématique).

À l’inverse du génocide, les crimes contre l’humanité ne visent pas obligatoirement un groupe de population particulier. Ils peuvent ainsi être dirigés contre toute population civile.

La CPI, est chargée de sanctionner les crimes contre l’humanité en dehors des juridictions pénales nationales pour les États qui ont placé le crime contre l’humanité dans leur droit pénal.

Ouighours en Chine : Une complicité mondiale ?

Des actions mondiales de dénonciation

Le 20 janvier 2022, l’Assemblée nationale a adopté une résolution dénonçant et condamnant le génocide des Ouïghours en Chine. Les Etats-Unis, les parlements du Royaume-Uni et du Canada ont également adopté cette résolution.

De plus, certains Etats avaient fait le choix de boycotter les Jeux Olympiques d’hiver de 2022 ; qui devaient avoir lieu à Pékin. Les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Lituanie ; avaient notamment fait le choix de ne pas participer à ces jeux. Ce boycott diplomatique initié par les USA, avait pour but de dénoncer les violations faites aux droits de l’homme et au génocide perpétrés sur les Ouïghours.

Ouïghours en Chine
Caricature dénonçant les crimes contre l’humanité commis par le gouvernement chinois, visant à dénoncé l’organisation des JO en Chine.

Une complicité de certains Etats

Des pays pourtant musulmans, se font complice de ce génocide. Récemment, l’Arabie Saoudite était accusée par plusieurs ONG, d’avoir arrêté arbitrairement quatre personnes Ouïghoures ; cela afin de les expulser vers la Chine. Selon France 24, Il s’agit de deux hommes qui s’étaient rendus dans le pays pour effectuer un pèlerinage à La Mecque, en novembre 2020, et d’une mère et sa fille de 13 ans, arrêtées le 31 mars 2022 selon plusieurs sources. 

L’Arabie saoudite est un allié essentiel de la Chine et a soutenu plusieurs fois la politique officielle du pays au Xinjiang. Lors d’une visite du prince héritier, Mohamed ben Salmane, à Pékin en février 2019, il a notamment défendu le droit de la Chine à prendre des mesures « antiterroristes », selon les médias chinois. 

Aucune sanction?

Existe t-il de réelle sanction prise à l’encontre de la Chine ?

Le Lundi 22 mars 2021, le parlement européen avait pris des sanctions contre quatre responsables chinois, impliqué dans le dossier Ouïghours. Ces sanctions se traduisaient par une interdictions de visas et un gel d’avoirs.

Selon Le Monde, Elles ciblent notamment le directeur du Bureau de la sécurité publique du Xinjiang, Chen Mingguo, accusé de « graves atteintes aux droits de l’homme », de « détentions arbitraires et traitements dégradants infligés aux Ouïgours et aux membres d’autres minorités ethniques musulmanes, ainsi que d’atteintes systématiques à leur liberté religieuse ». 

Selon Sud-Ouest, les Etats-Unis, n’ont pas hésité à prendre des mesures de sanction à l’encontre de la Chine ; par le biais de lois interdisant les importations en provenance de la province du Xinjiang.

Malheureusement, ces quelques sanctions se révèlent insuffisantes et ne permettraient pas de stopper le mécanisme génocidaire se produisant actuellement en Chine.

Un manque d’action de l’ONU face aux génocide des Ouïghours en Chine ?

L’Organisation des Nations Unies sembles « impuissante » face à cette répression menée par le gouvernement chinois à l’égard des Ouïghours en Chine.

La visite en Chine de la Haut-commissaire aux droits de l’homme

Le 28 mai, Michelle Bachelet, Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, s’est rendue dans le Xinjiang ; Cette visite a fortement été critiquée. Elle n’a pas permis de discuter du problème concernant l’atteinte aux droits humains et les crimes contre l’humanité commis par le gouvernement.

Selon Médiapart, cette visite, a servi de « jeu de dupes« . Sa visite aurait du servir à dénoncer et à trouver des solution afin de faire cesser le génocide. Aucune condamnation des violations faites aux droits humains, n’a pourtant été prononcées par celle-ci.

La secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard a notamment déclarée :

« Le fait de ne pas publier un rapport qui traite suffisamment des crimes contre l’humanité dans la région reviendrait à trahir les victimes et leurs familles. Ce défaut persistant d’urgence met en jeu la crédibilité du Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

La visite de la Haut-commissaire s’est caractérisée par des séances photos avec de hauts responsables du pouvoir chinois et la manipulation de ses déclarations par les médias officiels, donnant l’impression qu’elle a foncé tout droit dans un exercice de propagande hautement prévisible pour le gouvernement. »

Afin de lutter contre le génocide une résolution pourrait être votée par l’Assemblée générale de l’ONU ; à l’image de la résolution adopté par les Nations Unies en faveur des musulmans Rohingyas de Birmanie. A l’heure actuelle, l’ONU n’a cependant pris aucune mesure officielle au regard du génocide des Ouïghours en Chine.

 

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